Depuis plusieurs mois, la pénurie de carburant s’est installée dans le quotidien de la population malienne. Face à cette tension persistante, le gouvernement de transition a choisi une option inédite. Dans une note publiée le 20 janvier 2026, la Direction Générale du Commerce, de la Consommation et de la Concurrence (DGCC) annonce la mise en place prochaine d’un dispositif de rationnement à la pompe, officiellement destiné à garantir un accès plus équitable au carburant, officieusement perçu comme une riposte contre les circuits de vente illicites.
Le mécanisme repose sur un contrôle individualisé du ravitaillement. À chaque passage en station-service, le pompiste photographiera la plaque d’immatriculation ou la vignette du véhicule à l’aide de son téléphone. Ces données seront ensuite intégrées dans une application numérique permettant de tracer les ventes en temps réel. Un même véhicule ne pourra plus se ravitailler librement : un délai obligatoire est instauré entre deux pleins, 72 heures pour les voitures, 48 heures pour les motos, avec des volumes souvent plafonnés autour de 30 litres. Objectif affiché : empêcher la constitution de stocks privés et assécher le marché noir.
Cette réforme intervient alors que l’approvisionnement montre de timides signes d’amélioration. Selon les chiffres communiqués par la DGCC, près de 55 millions de litres de carburant ont été acheminés entre le 12 et le 21 janvier grâce à la mobilisation de 1 192 camions-citernes. Sur la seule période du 12 au 18 janvier, plus de 40 millions de litres ont été importés, suivis de 14 millions supplémentaires dans les jours suivants. Ces arrivages ont déjà contribué à réduire visiblement les files d’attente à Bamako et dans plusieurs grandes villes, malgré des contraintes logistiques lourdes.
Mais la mise en œuvre du nouveau système soulève des interrogations. Internautes et observateurs saluent la volonté de régulation, tout en pointant des zones d’ombre : fiabilité des téléphones utilisés par les agents, qualité de la connexion internet, sécurité des données collectées. Lors de la 12ᵉ session du cadre de concertation entre l’État et les professionnels du secteur, les autorités ont reconnu les difficultés de gestion des stocks et la pression d’une demande élevée, accentuée à l’approche du ramadan. Elles assurent toutefois maintenir un contrôle strict de la distribution, dans un contexte où les axes d’approvisionnement restent fragilisés par des attaques et des blocages attribués au groupe armé JNIM, et promettent d’ajuster le dispositif en fonction de l’évolution des stocks et de la situation sécuritaire.