Des fabricants africains ont averti mercredi que la prolongation d’un an de l’accord d’exonération de droits de douane avec les États-Unis ne constituait qu’un répit temporaire, susceptible de fragiliser les investissements à long terme sur le continent.
Renouvelé mardi par le président Donald Trump jusqu’à fin 2026, l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) demeure un pilier des relations commerciales entre Washington et l’Afrique depuis près de 25 ans. L’accord permet aux États-Unis d’importer chaque année, en franchise de droits, des milliards de dollars de produits africains, notamment des véhicules, des vêtements et des denrées agricoles. Toutefois, l’administration Trump, traditionnellement réticente aux accords de libre-échange, avait laissé l’AGOA expirer le 30 septembre dernier. La nouvelle prolongation, assortie d’exigences supplémentaires, reste loin du renouvellement pluriannuel réclamé par de nombreuses entreprises africaines.
« L’AGOA du XXIe siècle doit exiger davantage de nos partenaires commerciaux et offrir un meilleur accès au marché aux entreprises, aux agriculteurs et aux éleveurs américains », a déclaré le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. Au Kenya, cette décision est accueillie avec prudence. Pankaj Bedi, directeur général de United Aryan à Nairobi, dont l’usine exporte des jeans pour les marques Wrangler et Levi’s, parle d’une « bonne nouvelle », tout en soulignant ses limites. « Elle ne vaut qu’une saison. Les négociations ne sont donc pas terminées », affirme-t-il. L’expiration de l’AGOA l’an dernier avait contraint son entreprise à payer des droits supplémentaires pour conserver ses clients américains, mettant en péril ses activités et les 10 000 emplois qui en dépendent. « La prolongation nous offre un répit indispensable, mais elle ne garantit ni les commandes ni les investissements à long terme nécessaires à notre survie », ajoute-t-il.
Actuellement, l’AGOA s’applique à 32 pays africains et soutient des dizaines de milliers d’emplois. En 2024, les exportations réalisées dans ce cadre ont atteint 8,23 milliards de dollars, dont près de la moitié provenaient d’Afrique du Sud, principalement sous forme de véhicules, de métaux précieux et de produits agricoles. Le Nigeria a représenté environ un cinquième de ce volume, essentiellement grâce au pétrole et aux produits énergétiques, selon les données de la Commission américaine du commerce international.
Le Lesotho, fortement dépendant des exportations textiles vers les États-Unis, a été particulièrement touché par la fin temporaire de l’accord. En octobre, des centaines de travailleurs ont manifesté à Maseru contre les suppressions d’emplois liées aux nouveaux droits de douane. Pour le syndicaliste Tsepang Makakole, la déception est palpable. « On parlait au départ d’une prolongation de dix ans, puis de trois ans. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’un an. C’est une très petite victoire », estime-t-il, craignant que les investisseurs ne se détournent du pays à court terme.
L’Afrique du Sud a également exprimé ses inquiétudes face à la brièveté de la prolongation, appelant à un accord offrant une visibilité suffisante pour sécuriser les décisions d’investissement et d’approvisionnement.