À Bole, quartier moderne d’Addis-Abeba, un commissariat pas comme les autres a ouvert ses portes. Pas de guichet, pas de file d’attente, pas d’agent derrière un bureau. À la place, des cabines alignées et des tablettes tactiles où les citoyens rédigent eux-mêmes leur déclaration. L’Éthiopie expérimente ici un poste de police « intelligent », sans personnel en façade, présenté comme une vitrine de sa transformation numérique. Sur un écran mural, des messages d’accueil défilent aux côtés d’images du Premier ministre Abiy Ahmed.
Le fonctionnement se veut simple. L’usager choisit la nature de son signalement, infraction, incident routier ou autre préoccupation, saisit les informations et valide. Un agent bien réel, connecté à distance, apparaît alors à l’écran pour poser des questions et, si nécessaire, déclencher une patrouille. « Le centre, récemment ouvert, dispose d’un personnel pour aider les gens à s’y habituer », explique le commandant Demissie Yilma, responsable de l’expansion technologique de la police. Lors de sa première semaine, le site n’a enregistré que trois signalements, dont un passeport perdu et un cas de fraude.
Ce projet pilote s’inscrit dans la stratégie « Éthiopie numérique 2030 », vaste plan gouvernemental visant à moderniser les services publics, de l’identité numérique aux paiements électroniques en birr. Malgré une connectivité encore limitée; près de 79 % des Éthiopiens n’ont pas accès à Internet selon l’Unesco; les autorités mettent en avant les progrès récents : plus de 130 services publics numérisés, essor des paiements mobiles et ouverture du secteur des télécommunications.
Reste la question de l’inclusion. Si les jeunes urbains équipés de smartphones voient dans ces outils un gain de temps et moins de paperasse, d’autres redoutent une fracture accrue pour les populations rurales, âgées ou peu familiarisées avec le numérique. Pour l’instant, les commissariats traditionnels demeurent la norme. À Bole, le silence high-tech ressemble encore à une démonstration. Mais il esquisse déjà la manière dont l’État éthiopien entend redéfinir sa relation avec les citoyens : moins de guichets, plus d’écrans.