La lutte contre l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo pourrait connaître un nouveau coup d’arrêt. Des professionnels de santé en première ligne menacent de lancer une grève générale pour dénoncer plusieurs mois de salaires et de primes impayés, tandis que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que l’ampleur réelle de l’épidémie pourrait être deux à quatre fois supérieure aux chiffres officiellement recensés.
Depuis la déclaration de l’épidémie, le 15 mai dernier, plus de 2 000 cas confirmés et plus de 700 décès ont été enregistrés, selon les autorités congolaises. Mais pour l’OMS, ces données ne reflètent qu’une partie de la réalité. Les modélisations de l’agence onusienne suggèrent que le nombre réel de contaminations pourrait être largement sous-estimé, l’épidémie ayant probablement circulé plusieurs mois avant d’être détectée.
Sur le terrain, la mobilisation des équipes médicales s’essouffle. Au centre de traitement d’Ebola de Rwampara, dans la province de l’Ituri, les soignants ont manifesté en brûlant des pneus et en bloquant temporairement l’accès à l’établissement. « Nous continuons à soigner les patients par devoir, mais nous n’avons reçu aucun salaire depuis le début de l’épidémie », a déclaré le docteur Pascal Bahoya. Les équipes ont lancé un ultimatum de 48 heures aux autorités, menaçant de suspendre totalement leurs activités si leurs revendications ne sont pas satisfaites.
En déplacement en Ituri, le ministre congolais de la Santé, Samuel Roger Kamba, a reconnu des retards de paiement qu’il a attribués à des problèmes d’organisation, assurant que la situation serait rapidement régularisée. Cette crise intervient alors que les personnels de santé paient un lourd tribut à l’épidémie : au moins 112 soignants ont été contaminés et 35 sont décédés, selon l’Institut national de santé publique.
Provoquée par la souche Bundibugyo du virus Ebola, contre laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique, l’épidémie s’est propagée de l’Ituri vers quatre autres provinces de l’est de la RDC : le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Tshopo et le Haut-Uele. La région, marquée depuis plusieurs décennies par les conflits armés, les déplacements massifs de population et l’insuffisance des infrastructures sanitaires, offre un terrain particulièrement favorable à la propagation du virus.
L’inquiétude dépasse désormais les frontières congolaises. L’Ouganda voisin a déjà enregistré une vingtaine de cas, dont deux décès, tandis que l’Ituri partage également une frontière avec le Soudan du Sud. Plus de 700 patients sont actuellement pris en charge dans les centres spécialisés et deux traitements expérimentaux font l’objet d’un essai clinique.
Face à cette situation, la communauté internationale a mobilisé près de 1,5 milliard de dollars pour soutenir la riposte sanitaire. Mais pour de nombreux acteurs humanitaires, les moyens financiers ne suffiront pas si les équipes médicales, pilier de la réponse à l’épidémie, continuent de travailler sans rémunération dans un système de santé fragilisé par des années de sous-investissement.