La tension politique monte d’un cran en République démocratique du Congo. L’opposition a vivement dénoncé mardi l’adoption d’un projet de loi qui pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat, y voyant une tentative de remise en cause de l’ordre constitutionnel et une manœuvre destinée à prolonger son maintien au pouvoir.
Le texte, adopté lundi par le Sénat après avoir été approuvé par l’Assemblée nationale, ouvre la voie à l’organisation d’un référendum constitutionnel. Selon ses détracteurs, la réforme permettrait l’adoption d’une nouvelle Constitution dans laquelle les mandats déjà effectués par Félix Tshisekedi ne seraient pas comptabilisés. Il ne manque désormais que la signature du chef de l’État pour que la loi entre en vigueur.
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi a déjà indiqué qu’il se porterait candidat à un nouveau mandat si les électeurs validaient la réforme. Une perspective qui suscite une vive controverse dans un pays dont la Constitution interdit pourtant toute révision des dispositions relatives à la limitation des mandats présidentiels. Le gouvernement soutient que le texte vise à permettre une adaptation institutionnelle en cas de « dysfonctionnement majeur » paralysant le fonctionnement de l’État.
Face à cette initiative, l’opposition a choisi de hausser le ton. Réunis au sein de la Coalition Article 64 (C64), plusieurs partis et mouvements dénoncent ce qu’ils considèrent comme une dérive autoritaire. À l’issue d’une réunion tenue mardi, la coalition a annoncé l’organisation d’une grande marche pacifique le 8 juillet prochain à travers le pays, avec pour destination symbolique le palais présidentiel à Kinshasa. Les opposants réclament désormais ouvertement la démission du chef de l’État.
« Félix Tshisekedi a trahi son serment de respecter la Constitution et ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour gouverner », a déclaré Martin Fayulu lors d’une conférence de presse. Cette mobilisation intervient quelques jours après de violents affrontements survenus à Kinshasa lors d’une manifestation contre le projet de réforme, au cours de laquelle plusieurs figures de l’opposition, dont Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, ont été blessées.
Cette crise institutionnelle éclate dans un contexte particulièrement délicat pour la RDC. Le pays fait face à une nouvelle épidémie d’Ebola tandis que l’insécurité continue de s’aggraver dans l’est, où les rebelles du M23, soutenus selon Kinshasa par le Rwanda, affrontent les forces gouvernementales au sein d’un conflit impliquant plus d’une centaine de groupes armés. Dans ce contexte, Félix Tshisekedi a récemment estimé que les prochaines élections présidentielles, théoriquement prévues en 2028, pourraient être compromises tant que la stabilité ne serait pas rétablie.
Les votes au Parlement se sont déroulés sans la participation des élus de l’opposition, qui avaient quitté les débats plusieurs semaines auparavant pour protester contre le projet. Malgré cette contestation, le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, a salué l’adoption du texte, estimant qu’il permettrait au peuple congolais « d’exercer pleinement sa souveraineté ».