La Havane dénonce une offensive politique après l’inculpation de Raúl Castro

À La Havane, l’annonce de poursuites judiciaires visant Raúl Castro a provoqué mercredi une vague de réactions mêlant colère, défiance et inquiétude face à une nouvelle montée des tensions entre Cuba et les États-Unis.

L’ancien dirigeant cubain est désormais visé par un acte d’accusation émis par un grand jury fédéral de Miami dans le cadre de l’affaire des avions civils abattus en 1996 au nord de la capitale cubaine. Quatre personnes avaient alors perdu la vie dans cette opération menée contre deux appareils appartenant à l’organisation Brothers to the Rescue. Les autorités américaines retiennent notamment contre celui qui était alors ministre de la Défense des chefs de meurtre et de destruction d’aéronef.

Dans les rues de la capitale cubaine, beaucoup dénoncent une initiative perçue comme profondément politique. « Personne ne poursuit Donald Trump », lance Rolando Mesa, fonctionnaire de 61 ans, estimant que Cuba avait agi à l’époque pour protéger son espace aérien face à des incursions répétées.

Au-delà de la colère, certains habitants expriment surtout leur lassitude face à des décennies de confrontation entre Washington et Cuba. Debrezei Barreras, 43 ans, appelle ainsi les deux gouvernements à privilégier le dialogue plutôt que l’escalade. « Ils devraient s’asseoir autour d’une table et trouver un accord », affirme-t-elle, rejetant fermement toute hypothèse d’intervention militaire étrangère sur l’île. « Une telle situation ne ferait qu’aggraver les souffrances de la population », insiste-t-elle, convaincue qu’aucune poursuite judiciaire isolée ne pourra provoquer à elle seule un changement politique majeur.

Même tonalité chez l’architecte Rodny Amaguer, pour qui l’avenir du pays doit rester entre les mains des Cubains eux-mêmes, sans pression extérieure ni tentative d’ingérence internationale.

Cette procédure judiciaire marque en tout cas un nouvel épisode dans les relations extrêmement tendues entre Washington et le pouvoir cubain. Le ministre américain de la Justice par intérim, Todd Blanche, a déclaré que les autorités américaines s’attendaient à ce que Raúl Castro « réponde volontairement de ses actes ».

De son côté, le président cubain Miguel Díaz-Canel a dénoncé des accusations « politiquement motivées », accusant les États-Unis de chercher à créer un climat propice à une éventuelle agression contre l’île socialiste.

Près de trente ans après les faits, l’affaire continue ainsi d’empoisonner les relations entre les deux pays. L’épisode de 1996, survenu dans un contexte explosif entre le régime cubain et les exilés anticastristes installés en Floride, demeure aujourd’hui encore l’un des dossiers les plus sensibles du contentieux historique entre Cuba et les États-Unis.

Total
0
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Previous Post

Réseaux sociaux : la dangereuse banalisation des symboles du Royaume

Next Post

Pénurie de carburant : le Malawi face au risque de paralysie économique 

Related Posts