À Harare, de longues files se sont formées devant certains centres de santé : de jeunes femmes, des mères accompagnées de leurs nourrissons et quelques hommes attendaient de recevoir le Lenacapavir, un nouveau traitement injectable de prévention du VIH lancé jeudi. Le Zimbabwe, durement touché par l’épidémie au cours des vingt dernières années, fait partie des premiers pays à introduire cette innovation afin de freiner les nouvelles infections. Administré par injection tous les six mois, ce médicament à action prolongée offre une protection élevée et pourrait répondre aux limites de la PrEP orale quotidienne, souvent compromise par l’irrégularité des prises et la stigmatisation sociale.
La première phase du programme concerne environ 46 000 personnes réparties sur 24 sites, ciblant en priorité les populations les plus exposées au VIH : travailleuses du sexe, adolescentes et jeunes femmes, hommes homosexuels, ainsi que femmes enceintes et allaitantes. Les injections sont proposées gratuitement. Pour Constance Mukoloka, travailleuse du sexe, ce traitement change la donne : les comprimés quotidiens suscitaient la méfiance des clients et rendaient la prévention difficile. Désormais, explique-t-elle, une seule injection lui assure une protection pour six mois, sans la contrainte d’un suivi quotidien incompatible avec un rythme de vie instable.
Les professionnels de santé saluent une avancée majeure en matière d’adhésion au traitement, tout en rappelant qu’il ne s’agit pas d’une solution unique. Les préservatifs demeurent essentiels dans la prévention du VIH, notamment en raison de leur faible coût et de leur efficacité contre d’autres infections sexuellement transmissibles. Déjà introduit en Zambie et en Eswatini, le Lenacapavir s’inscrit dans une stratégie plus large de lutte contre l’épidémie, alors que les nouvelles infections restent particulièrement élevées chez les adolescentes et jeunes femmes en Afrique subsaharienne. Au Zimbabwe, l’extension de ce programme dépendra toutefois de la disponibilité des doses, de la solidité des infrastructures sanitaires et des financements, dans un contexte de ressources limitées.