CIPS–SWIFT : l’Afrique à l’heure du choix stratégique

La rumeur d’un abandon massif de SWIFT par les pays africains au profit du système chinois CIPS ne résiste pas à l’examen des faits. Aucun État du continent n’a officiellement quitté SWIFT. Pourtant, derrière cette exagération médiatique, une réalité plus subtile et plus stratégique s’installe : l’Afrique diversifie progressivement ses canaux de paiement internationaux, et le système chinois gagne du terrain.

Créé en 2015 par la Banque populaire de Chine, le CIPS (Cross-Border Interbank Payment System) poursuit un objectif clair : accompagner l’internationalisation du yuan. En 2026, le réseau revendique près de 5 000 institutions financières connectées dans environ 190 pays, avec des volumes annuels de transactions en croissance constante. En Afrique, les données officielles indiquent environ 70 institutions financières reliées au système, dont plusieurs participants directs, parmi lesquels la Standard Bank d’Afrique du Sud et l’Afreximbank. Le mouvement reste mesuré, mais il est structuré.

La dynamique s’explique d’abord par le poids économique croissant de la Chine sur le continent. Pékin demeure le premier partenaire commercial de l’Afrique, avec des échanges dépassant les 280 milliards de dollars annuels ces dernières années. Infrastructures, énergie, mines, technologies : de nombreux contrats sont désormais partiellement libellés en yuan. Pour les banques africaines, l’intégration à CIPS n’est pas un geste idéologique, mais une réponse opérationnelle à l’évolution des flux commerciaux.

Pour autant, SWIFT conserve une position dominante. Le réseau basé en Belgique reste le socle des transactions en dollar et en euro, monnaies qui structurent encore l’essentiel du commerce mondial et des réserves de change africaines. La réalité actuelle n’est pas celle d’un remplacement, mais d’une cohabitation stratégique. Les établissements financiers cherchent à réduire les risques de dépendance excessive à un seul système, notamment dans un contexte où les sanctions financières sont devenues un outil géopolitique.

Au fond, la question n’est pas de savoir si l’Afrique bascule vers un modèle chinois, mais si elle parviendra à transformer cette diversification en véritable levier de souveraineté. L’enjeu dépasse la technique bancaire : il touche à l’architecture financière mondiale et à la place du continent dans un ordre multipolaire. À ce stade, l’Afrique n’a pas quitté SWIFT. Elle explore ses options. Et dans le nouvel échiquier monétaire mondial, cette prudence pourrait s’avérer stratégique.

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