Dans le décor feutré du salon vert du Kremlin, réservé aux hôtes de marque, la poignée de main entre Vladimir Poutine et Michaël Randrianirina avait valeur de message politique. Quelques mois après la chute d’Andry Rajoelina et l’arrivée au pouvoir de la Refondation, Madagascar affiche un nouveau cap diplomatique. Devant les caméras, les deux dirigeants ont déroulé une feuille de route commune allant de l’énergie à l’agriculture, de la santé à l’éducation, signe d’un partenariat appelé à s’installer dans la durée.
Mais derrière les mots, c’est le volet sécuritaire qui retient l’attention. Le président malgache s’est dit prêt à renforcer la coopération militaire avec Moscou, une dynamique déjà amorcée sur le terrain. Fin 2025, la visite à Antananarivo d’Andreï Averianov, patron de l’Africa Corps, s’était accompagnée d’une livraison d’armes incluant kalachnikovs et drones kamikazes, suivie de l’arrivée d’instructeurs russes chargés de former les forces malgaches. Une présence qui marque un tournant stratégique pour la Grande Île.
La rencontre s’inscrit aussi dans un contexte d’urgence humanitaire. Après les cyclones meurtriers qui ont fait plus de quarante victimes, Moscou a exprimé ses condoléances et promis un soutien matériel, renforçant son image de partenaire réactif. En retour, Vladimir Poutine a assuré Madagascar de l’appui russe aux Nations unies, qualifiant le pays de « partenaire important » sur le continent africain.
Ce tête-à-tête au sommet confirme un réalignement diplomatique accéléré depuis le 14 octobre 2025. En quelques mois, Antananarivo est passé d’une position prudente à une relation assumée avec Moscou. Plus qu’une visite officielle, ce déplacement scelle l’entrée de Madagascar dans une nouvelle géographie des alliances, où l’aide humanitaire, la coopération militaire et les intérêts économiques se mêlent étroitement.