La déflagration est venue de Washington mais ses échos résonnent jusqu’aux cercles du pouvoir ivoirien. La publication, fin janvier 2025, de millions de pages issues de la justice américaine fait apparaître un nom au cœur du volet africain de l’affaire Jeffrey Epstein : Nina Keita. Dans ces correspondances couvrant la période 2011-2018, l’actuelle directrice générale adjointe de la GESTOCI, nièce du président Alassane Ouattara et épouse du ministre de l’Emploi Adama Kamara, apparaît comme une interlocutrice régulière du financier américain, mort en détention en 2019 après avoir été condamné pour crimes sexuels.
Les documents décrivent une proximité qui dépasse le simple carnet d’adresses. Nina Keita aurait facilité des rencontres entre Epstein et des responsables ivoiriens dès l’arrivée au pouvoir d’Alassane Ouattara, organisant notamment un tête-à-tête à New York en 2011 puis une visite à Abidjan l’année suivante, au cours de laquelle plusieurs ministres ont été reçus pour évoquer des projets d’investissements. Elle est également citée comme intermédiaire dans des discussions sensibles ayant conduit en 2014 à l’acquisition d’un système de surveillance israélien et d’un Boeing 727 destiné à la présidence, son nom apparaissant à plus de 300 reprises dans les dossiers judiciaires.
Le profil de cette ancienne mannequin internationale, passée par de grandes marques de cosmétiques avant d’intégrer des fonctions stratégiques au sommet de l’État ivoirien, donne à l’affaire une dimension supplémentaire. Représentée en France par l’agence Karin Models de Jean-Louis Brunel, lui-même mis en cause dans le réseau Epstein, elle évoluait déjà dans les cercles fréquentés par le financier américain. Les échanges évoquent aussi des mises en relation de jeunes femmes avec ce dernier, élément qui alimente aujourd’hui les interrogations sur la nature exacte de leur collaboration.
Au-delà du cas personnel, ces révélations interrogent l’étendue des réseaux d’influence qui gravitaient autour d’Epstein et leur capacité à pénétrer les sphères politiques et économiques africaines. Aucune procédure judiciaire n’est annoncée à ce stade en Côte d’Ivoire, mais la diffusion de ces archives place le pouvoir face à une séquence délicate où diplomatie, affaires et réputation internationale se retrouvent étroitement mêlées.