À Dubaï, au cœur d’un sommet mondial consacré à l’innovation publique, deux étudiants africains ont attiré l’attention avec une idée simple mais disruptive : faire entrer l’éducation numérique là où Internet n’existe pas. Happy Niyorurema et Mame Niang, étudiants à la Texas Christian University, ont remporté le Global Best M-Gov Award pour une technologie qui délivre des contenus éducatifs par téléphone, sans smartphone ni connexion.
Leur projet part d’un constat brut : près de 2,9 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à Internet, majoritairement dans les pays du Sud. Plutôt que de bâtir une intelligence artificielle dépendante du web, les deux innovateurs ont choisi une autre voie : un modèle linguistique accessible via un simple appel téléphonique. « Nous avons déployé notre IA sur un système téléphonique, pas sur Internet », explique Happy Niyorurema, résumant l’ambition d’une technologie pensée pour les marges.
Concrètement, l’utilisateur compose un numéro et interagit avec un système éducatif automatisé, même avec un téléphone basique. Pour Mame Niang, c’est une rupture dans la manière de concevoir l’innovation : « Nous supposons toujours que tout le monde a un smartphone. Cette solution prouve le contraire. » Un projet pilote a déjà été lancé au Rwanda, avec une extension prévue au Sénégal, en Zambie et dans d’autres pays africains.
Le sommet de Dubaï, qui a réuni des responsables gouvernementaux et des acteurs technologiques du monde entier, a mis en lumière cette approche inclusive de la transformation numérique. Dans un paysage souvent dominé par des innovations conçues pour les pays connectés, cette récompense souligne une autre vision : celle d’une technologie conçue pour les réalités du sud global, où un simple appel peut devenir une salle de classe.