Dans les villages cacaoyers de Côte d’Ivoire, les fèves s’accumulent mais l’argent ne circule plus. Mardi, le gouvernement a annoncé qu’il rachèterait l’ensemble des stocks de cacao bloqués dans les coopératives afin de permettre le paiement immédiat des planteurs, privés de revenus depuis plusieurs mois.
Cette intervention exceptionnelle intervient alors que la filière cacao, pilier de l’économie nationale avec près de 14 % du PIB, traverse une zone de fortes turbulences. Les exportations tournent au ralenti, les acheteurs manquent de liquidités et les cours mondiaux ont fortement reculé, malgré un prix bord-champ historiquement élevé fixé par l’État à 2 800 francs CFA le kilo. Résultat : près de 130 000 tonnes de cacao restent immobilisées dans les zones de production, plongeant une partie des cinq millions de personnes qui vivent de cette culture dans une précarité encore plus aiguë.
Pour désamorcer la crise, l’État, en lien avec l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) et le Conseil Café-Cacao (CCC), va avancer les fonds nécessaires au rachat des stocks, estimés à plus de 280 milliards de francs CFA. Des opérateurs nationaux seront mobilisés pour collecter le cacao sur le terrain et l’acheminer vers les entrepôts, avant que les exportateurs ne rachètent ces volumes et ne remboursent l’avance publique. Le gouvernement assume ainsi un rôle d’intermédiaire financier, avec l’objectif de réinjecter rapidement de la liquidité dans les zones rurales.
Mais au-delà de l’urgence sociale, cette opération révèle les fragilités structurelles de la filière. Le ministre de l’Agriculture, Kobenan Kouassi Adjoumani, pointe aussi la pression de la contrebande transfrontalière, alimentée par des prix plus bas dans les pays voisins, ainsi que des difficultés logistiques persistantes dans les ports d’Abidjan et de San Pedro. Des contrôles renforcés aux frontières ont été annoncés. Pour Abidjan, il ne s’agit plus seulement de sauver une campagne, mais de reprendre la main sur une chaîne de valeur stratégique, afin d’éviter que la crise actuelle ne devienne une fracture durable.