À 81 ans, Yoweri Museveni se présente pour un septième mandat présidentiel, prolongeant ainsi près de quatre décennies à la tête de l’Ouganda. Ancien chef rebelle arrivé au pouvoir en 1986 sous le slogan d’un changement radical, il incarne aujourd’hui une figure controversée : salué pour ses succès en matière de sécurité et de santé publique, mais critiqué pour la corruption persistante et l’autoritarisme. La majorité des Ougandais n’a jamais connu d’autre dirigeant, et le scrutin de jeudi pourrait prolonger encore cette longévité politique exceptionnelle.
Museveni a construit sa carrière sur un mélange de pragmatisme et de stratégie. Ancien étudiant en sciences politiques en Tanzanie, il a mené la lutte contre les régimes autoritaires d’Idi Amin et de Milton Obote avant de s’imposer en chef du Mouvement de résistance nationale. Sa politique étrangère, mêlant coopération avec l’Occident et partenariats avec la Chine, la Russie ou l’Iran, a renforcé son image de dirigeant capable de jouer un rôle clé dans la sécurité régionale, notamment en Somalie et au Soudan du Sud, et dans la gestion des réfugiés.
Mais le bilan national est contrasté. Museveni a réussi à contenir l’insurrection de l’Armée de résistance du Seigneur et à lutter contre l’épidémie de sida, tout en voyant la corruption miner les services publics et limiter l’accès à l’éducation et aux emplois pour les jeunes. Les affaires de privatisation et les liens étroits avec son entourage ont alimenté des accusations de détournements, tandis que les opposants historiques comme Kizza Besigye ont été marginalisés ou poursuivis pour trahison.
L’élection de jeudi met également en lumière la question de la succession. Bobi Wine, la star de la pop devenue figure de l’opposition, incarne un espoir de changement pour une partie de la population, mais la trajectoire politique de Museveni reste dominée par ses choix stratégiques, notamment la montée en puissance de son fils, Muhoozi Kainerugaba, à la tête de l’armée. Même affaibli par l’âge et les critiques, Museveni conserve une emprise solide sur le pouvoir, laissant planer l’incertitude sur le moment et la manière de sa passation éventuelle.