À quelques semaines d’une élection présidentielle sous haute tension, le gouvernement ougandais a décidé de restreindre sévèrement la diffusion de contenus liés aux troubles politiques. Les autorités ont annoncé l’interdiction de toute retransmission en direct d’émeutes, de rassemblements non autorisés ou d’actes de violence, invoquant la nécessité de préserver l’ordre public et d’éviter l’escalade des tensions dans le pays.
Cette mesure intervient dans un contexte politique particulièrement sensible. Le scrutin prévu le 15 janvier doit une nouvelle fois opposer le président sortant Yoweri Museveni, au pouvoir depuis près de quatre décennies, à son principal rival Bobi Wine, figure de l’opposition et ancien artiste devenu leader politique. Depuis plusieurs semaines, des centaines de sympathisants de l’opposition ont été interpellés à travers le pays, alimentant les inquiétudes autour du climat électoral.
Dans un communiqué officiel, le ministère de l’Information et des Technologies de la communication a justifié cette décision par le risque de propagation de la panique et de l’incitation à la violence. Outre les images en direct, tout contenu jugé haineux, provocateur ou susceptible d’encourager des troubles est désormais proscrit. Une formulation large qui laisse une marge d’interprétation importante aux autorités.
Les organisations de défense des droits humains dénoncent cependant une atteinte grave à la liberté d’expression et au droit à l’information. Amnesty International affirme que les forces de sécurité ont intensifié les arrestations arbitraires, les violences physiques et les intimidations visant les partisans de l’opposition. Ces accusations rappellent les événements de l’élection de 2021, marquée par une répression sanglante ayant coûté la vie à plusieurs dizaines de civils.
Alors que d’autres figures de l’opposition, comme Kizza Besigye, restent incarcérées pour des charges contestées, la décision du gouvernement alimente les craintes d’un verrouillage accru de l’espace politique et médiatique. À l’approche du vote, la question de la transparence du processus électoral et du respect des libertés fondamentales s’impose comme un enjeu central pour l’avenir démocratique de l’Ouganda.