Présidentielle en Centrafrique : Touadéra favori dans un scrutin sous haute tension

Le dépouillement des bulletins a débuté en République centrafricaine à l’issue d’un scrutin d’envergure organisé dimanche, combinant élections présidentielle, législatives, municipales et régionales. Plus de deux millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour ce rendez-vous politique majeur, présenté comme un test crucial pour la stabilité du pays. Le président sortant, Faustin-Archange Touadéra, brigue un troisième mandat face à six adversaires, dont deux anciens Premiers ministres, Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra, tous deux candidats malgré des tentatives de disqualification liées à leur nationalité présumée.

Sur le terrain, les observateurs ont globalement salué le bon déroulement du scrutin, contrastant avec les violences qui avaient marqué les élections de 2020. Favori selon plusieurs analystes, Touadéra bénéficie d’un solide contrôle institutionnel et de ressources financières importantes. L’opposition, elle, dénonce un processus inéquitable. « En boycottant, on impose Touadéra pour sept ans supplémentaires », a déclaré Anicet-Georges Dologuélé, appelant les électeurs à se mobiliser. Pour le politologue Albert Komifea, les conditions de campagne n’ont pas permis une réelle compétition : « Tout a été fait pour affaiblir l’opposition et réduire ses chances. »

Le président sortant met en avant les progrès sécuritaires enregistrés ces dernières années, notamment grâce au soutien militaire de la Russie et du Rwanda. Depuis 2018, Bangui s’appuie sur des forces étrangères pour contenir les groupes armés, un soutien renforcé en 2020 lorsque la capitale avait été menacée. Si la situation s’est stabilisée dans plusieurs régions, elle demeure fragile, notamment à l’est du pays, où persistent des incursions de groupes armés venus du Soudan. Par ailleurs, la réforme constitutionnelle de 2023, supprimant la limitation des mandats présidentiels, continue de nourrir les critiques d’une opposition qui accuse Touadéra de vouloir s’accrocher au pouvoir.

Au-delà de l’enjeu présidentiel, ces élections redessinent l’ensemble de l’architecture politique nationale. En cas d’absence de majorité absolue, un second tour est prévu le 15 février, tandis que les législatives pourraient se poursuivre jusqu’en avril. Le cabinet d’analyse Pangea-Risk alerte sur un risque élevé de contestation post-électorale, malgré une accalmie sécuritaire relative. Une victoire de Touadéra renforcerait également l’influence russe dans le pays, notamment dans les secteurs miniers stratégiques comme l’or, le diamant, le lithium et l’uranium. Les résultats provisoires sont attendus le 5 janvier, dans un climat où stabilité politique et crédibilité du processus électoral restent étroitement liées.

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