Frappes américaines au Nigeria : l’ombre d’une guerre importée plane sur l’Afrique de l’Ouest

Dans la nuit de jeudi à vendredi, le ciel du nord-ouest nigérian s’est illuminé d’une manière que les habitants n’avaient jamais connue. Des frappes aériennes américaines, ciblant selon Washington des positions liées au groupe État islamique, ont frappé plusieurs zones de l’État de Sokoto, plongeant villages et campagnes dans la stupeur.

À Jabo, localité agricole jusque-là épargnée par la spirale des violences, les témoignages se ressemblent : une lumière fulgurante, une explosion sourde, puis le silence lourd de l’incompréhension. Les habitants racontent avoir vu un objet traverser le ciel avant de s’écraser entre Jabo et Kagara. À l’aube, la population s’est rassemblée autour du point d’impact, cherchant à comprendre ce qui venait de bouleverser leur nuit — et peut-être leur avenir.

Officiellement, aucune victime n’a été signalée et les dégâts seraient limités à des zones agricoles. Les forces de sécurité ont rapidement bouclé les lieux, laissant peu de place à l’information. Mais ce silence nourrit l’angoisse. Car au-delà des chiffres, c’est la perception d’une nouvelle frontière de la guerre qui s’installe dans l’esprit des habitants.

Le président américain Donald Trump a revendiqué une « frappe puissante et meurtrière » contre des éléments de l’État islamique opérant dans la région. Abuja a confirmé l’opération, évoquant une coordination sécuritaire avec Washington. Pour le ministre nigérian des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar, il s’agit d’une « nouvelle phase d’un vieux conflit », rappelant que les violences touchent depuis des années aussi bien les communautés musulmanes que chrétiennes.

Mais sur le terrain, ce discours peine à rassurer. L’absence de communication claire sur les cibles visées, les pertes réelles et la durée de cette nouvelle stratégie militaire alimente la peur. Beaucoup redoutent que leur région, longtemps marginalisée mais relativement épargnée, ne devienne désormais un théâtre permanent d’opérations étrangères.

Au-delà de la lutte contre le terrorisme, ces frappes soulèvent une question fondamentale : jusqu’où peut-on exporter une guerre sans en assumer pleinement les conséquences humaines et sociales ? Pour les habitants du nord-ouest du Nigeria, la réponse ne se mesure pas en communiqués officiels, mais dans la crainte sourde que cette nuit marque un point de non-retour.

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