La maladie mentale dans l’espace public… défis entre sécurité et soins de santé

Les services de la sûreté nationale ont enregistré 475 affaires au cours de l’année dernière, impliquant des personnes souffrant de maladies mentales dans l’espace public, soit une augmentation d’environ 100 % par rapport à l’année 2023 qui avait connu 246 affaires.

Ces données ont été révélées par le ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, en réponse à une question écrite de la députée Khadija Ourhal, suite à l’incident tragique qui a secoué la ville de Taroudant le 10 mai 2025, où un jeune homme a trouvé la mort après avoir reçu un coup fatal d’une grosse pierre lancée par une personne envoyée en traitement psychiatrique seulement deux jours avant le crime.

Le ministre de l’Intérieur a affirmé que les autorités travaillent dans le cadre légal prévu par le dahir du 10 avril 1959, en organisant des campagnes de sécurité périodiques pour repérer les cas dangereux. Ces efforts ont conduit à l’arrestation de 435 personnes durant l’année 2024, et 255 autres durant les cinq premiers mois de 2025.

Dans ce contexte, le spécialiste en psychologie et chercheur en psychologie sociale Yassine Amnay estime qu’il faut remonter dans le temps, car l’attention historique portée aux malades mentaux n’était pas motivée par un souci humain ou thérapeutique, mais par le désir de les éloigner de l’espace public, car ils étaient considérés comme une source de perturbation de l’ordre social général, ce qui a poussé les autorités, à certaines époques, à les regrouper dans des institutions isolées des autres catégories sociales .

Amnay ajoute que « ce que nous voyons aujourd’hui est la continuité de cette même logique ancienne, mais sous des formes différentes. Au lieu de fournir une infrastructure thérapeutique et un soutien psychologique et social, on se contente souvent d’arrestations ou de transferts vers certaines institutions qui gèrent cela administrativement, loin d’une approche humaine ».

Le chercheur souligne que « le danger ne réside pas dans la maladie mentale en elle-même, mais dans l’absence de soins et de diagnostic, et dans la persistance de la stigmatisation sociale de cette catégorie », surtout que certains considèrent que derrière un malade mental peut se cacher un criminel. Il ajoute que beaucoup de malades mentaux perdent la capacité de distinguer entre comportement acceptable et inacceptable, ce qui les expose à des malentendus et à la criminalisation plutôt qu’à l’accueil et au traitement .

Selon Yassine Amnay, la solution ne réside pas dans l’arrestation, mais dans la reconnaissance de la maladie mentale comme une question humaine et sanitaire, nécessitant une approche multidimensionnelle réunissant santé, assistance sociale et soutien juridique. Il appelle à s’inspirer de l’expérience des bimaristans de Bagdad en 805 après J.-C., considérés comme la première institution médicale au monde spécialisée dans le traitement scientifique et méthodique des maladies mentales.

Le spécialiste a conclu en soulignant que le malade mental possède des droits en tant que citoyen, et il ne faut pas le considérer comme un simple danger ou une menace, mais comme un être humain qui a besoin de soins et de soutien . Il a également appelé les responsables du secteur de la santé mentale au Maroc à s’inspirer de l’histoire arabe pour comprendre la meilleure manière de traiter cette catégorie sensible de la société.

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